Conjoncture

Première période de déconfinement : forte reprise d’activité mais faibles niveaux de production

Publié le JEUDI 28 MAI 2020

Première période de déconfinement : forte reprise d’activité mais faibles niveaux de production - CCI de Lyon

Le redémarrage de l’activité est significatif, mais la production est lente à repartir. Les inquiétudes restent très fortes sur le chiffre d’affaires 2020, la trésorerie et les lourdes contraintes sanitaires.

Les chefs d’entreprise redoutent aussi d’autres freins liés au grippage de l’économie : difficulté d’approvisionnement en
matériel et en matières premières, baisse des investissements publics et privés, retard dans la prise de décision des clients dans un contexte d'incertitude global sur l'avenir.
Mais malgré ce manque de visibilité, les chefs d’entreprise restent mesurés sur leur intention de licencier.

Entre le 11 et le 15 mai : 2 178 échanges ont eu lieu entre des chefs d’entreprise et des conseillers CCI, dont 356 appels aboutis auprès de chefs d’entreprise qui ont répondu à nos questions.

 Quelques chiffres-clé :
 72% des entreprises interrogées sont en activité mais 71% des CHR sont à
l’arrêt
 86% ont une baisse de CA depuis le début de la crise
 72% projettent un CA annuel en baisse, généralement entre -20 et -50%
 34% rencontrent une situation de trésorerie difficile voire très difficile
 67% ont fait appel à des mesures de soutien financier
 86% sont satisfaites de la relation avec leurs banques
 36% sont insatisfaites de la relation avec leur assurance
 66% des entreprises tablent sur une stabilité des effectifs
 77% ont recours au chômage partiel
 37% ont des équipes sur site et 27% en télétravail

En global, la reprise d’activité est nette, mais les niveaux de production restent faibles

72% des entreprises interrogées sont en activité sur la 1ère semaine de déconfinement. 45% indiquent avoir été à l’arrêt depuis le début du confinement le 17 mars. Parmi ces entreprises qui ont eu une période d’arrêt, 12% ont repris
leur activité en mars, 31% en avril et 57% en mai.

Focus par secteur d’activité :
- BTP : 80% des entreprises interrogées sont en activité mais 52% indiquent
avoir été à l’arrêt depuis le début.
- CHR : 71% sont à l’arrêt.
- Commerce de détail : 57% sont en activité.
- Industrie : 97% des industriels sont en activité mais 39% indiquent avoir été à l’arrêt depuis le début (10% ont repris en mars, 40% en avril, 50% en mai).
- Services : 77% sont en activité

Plus des deux tiers des entreprises (67,5%) ont encore un niveau de production en dessous de 70%. Et c’est même près de la moitié (45%) des entreprises qui ont un niveau de production en dessous de 50%.
La première semaine de déconfinement a eu peu d’impact sur le niveau de production.

Synthèse par secteur d’activité :

Industrie :

À compter du 11 mai, plus de 90% des entreprises arrêtées en début de confinement avaient repris leur production. Cependant, le niveau d'activité reste largement bien en deçà de la normale (proche des 50%). Outre les baisses des commandes, cette diminution s'explique par la mise en place de mesures de distanciation physique dans les ateliers : horaires décalés, limitation du nombre de salariés en fonction de la surface disponible...
La sécurisation des transports collectifs pour les déplacements domicile-travail est aussi en question.

BTP :

Plus de 40% des entreprises du BTP ont été à l'arrêt durant cette crise, environ 20 % le sont encore lorsque leurs activités sont impossibles à adapter notamment chez les particuliers. Comme dans l'industrie, les mesures sanitaires font baisser le rendement comme la réduction du nombre de collaborateurs et collaboratrices autorisés sur les chantiers. L'autre crainte des professionnels est la
baisse des investissements. Celle-ci est accrue par le retard de la mise en place des nouvelles équipes municipales. On note également des difficultés plus importantes en matière d'approvisionnement.

Cafés, hôtels et restaurants :

Seulement un peu plus de 20 % des cafés, hôtels et restaurants ont été en activité depuis le début de la crise. Moins de 20 % supplémentaires ont repris une activité, principalement au début du mois de mai, mais à un niveau extrêmement faible (majoritairement entre 0 et 30%). La mise en place de vente à emporter, de portage de repas à domicile, de commandes
prépayées et de vente en ligne constituent un palliatif à cette situation extrêmement difficile pour les professionnels du secteur.

Les chefs d'entreprise savent, de plus, que les nouvelles exigences sanitaires vont demander de nouvelles organisations et aménagements des espaces adaptés pour redonner confiance aux clients.

Commerce de détail :

Si la situation est très hétérogène entre les différentes activités de commerce de détail, on constate un lent redémarrage depuis le 11 mai.
Les perspectives de chiffre d'affaires prévu pour les mois à venir restent très pessimistes avec un chiffre d'affaires en baisse de 20 à 50 % pour l'année 2020, dans un contexte où la situation de la trésorerie et extrêmement tendue pour de nombreux commerçants. L'ampleur de la reprise et l'attitude des clients dans les prochaines semaines restent encore une inconnue pour de nombreux chefs d'entreprise.

Services :

20 % des entreprises de services aux particuliers et à l'entreprise sont encore à l'arrêt alors que plus de 50 % se sont arrêtées durant la crise. La majorité de cette reprise s'est faite en mai. Comme pour les autres secteurs, la date du 11 mai a été charnière dans cette reprise d'activité. Le télétravail déjà utilisé par certaines sociétés de services s'est généralisé.
Pour les entreprises dont l'activité dépend de la présence physique des clients (services à vitrines, secteur de l’immobilier avec visite de biens, formations collectives) ou de secteurs encore à l'arrêt comme ceux du tourisme ou de l’événementiel, les prévisions pour les prochains mois sont moroses.

La chute du chiffre d’affaires est violente, elle concerne 86% des chefs d’entreprise interrogés

La baisse des commandes et des ventes (86%) reste le principal effet de la pandémie sur l’activité des entreprises interrogées.72% des entreprises prévoient un CA 2020 en baisse, et 31% des entreprises prévoient un CA en baisse de + de 50%.

Focus par secteur d’activité :
- Industrie : la baisse du CA annuel sera comprise entre -20 et -50% pour 47%, et jusqu’à -19% pour 35%.
- BTP : la baisse du CA sera comprise entre 0 et -20% pour 42% et entre -20 et -50% pour 39%.
- Services : la baisse sera comprise entre -20 et -50% pour 39%, entre 0 et -20% pour 27%.
- Commerce de détail : la baisse sera comprise entre -20 et -50% pour 50% et entre -50 et -69% pour 28%.
- CHR : la baisse sera comprise entre -20 et -50% pour 48% et entre -50 et -69% pour 36%.

Emploi : A hauteur de 72%, le chômage partiel est la solution massivement utilisée par les entreprises

Le chômage partiel reste une des conséquences principales de la crise sanitaire, avec 72% des entreprises interrogées qui y ont recours. Une entreprise sur trois (37%) a des équipes sur site (94% ont pu mettre les mesures de protection en place). Le télétravail reste aussi une mesure privilégiée par 27% des entreprises pour poursuivre l’activité. 17% déclarent avoir des salariés absents pour garde d’enfants, 14% en arrêt de travail et 14% en congés.

Parallèlement, les entreprises reportent des recrutements (10% d’entre elles) ou même les annulent (6%). Le recours à l’intérim est également suspendu pour 5% des entreprises interrogées. Des licenciements sont évoqués dans 1% des cas.
Seulement 3% des entreprises interrogées cette semaine indiquent qu’elles auront recours à des embauches ou à de l’intérim.
Pour deux entreprises sur trois (66%) les effectifs salariés seront globalement stables. Seuls 8% des interrogés pensent augmenter leurs effectifs. Les baisses risquent de concerner 7% des entreprises. Quasi une entreprise sur cinq ne se prononce pas.
Enfin, 12% des entreprises nous indiquent mettre en péril leur activité par manque d’équipement de protection individuelle (EPI).

Les principaux dispositifs d’aides ont été massivement utilisés (67%) pour soulager la trésorerie des entreprises

Si une entreprise sur trois (33,6%) rencontrent une situation de trésorerie difficile voire très difficile, 40% des entreprises interrogées estiment leur niveau de trésorerie convenable (entre un et deux mois) et 19% très convenable (plus de deux mois).

Deux tiers des entreprises (67%) ont fait appel à des mesures de soutien financier :
- Fonds de solidarité COVID-19 : 49%
- Étalement ou report des échéances sociales et fiscales : 44%
- Demande/obtention d’un Prêt Garanti par l’Etat (PGE) : 39% - en moyenne le
PGE représente 18,8% du CA.
- Étalement ou report des échéances bancaires et crédit-bail : 33%
- Obtention ou maintien d’un crédit bancaire via Bpifrance : 12%
- Suspension de loyer par le bailleur : 11%
- Étalement ou report des échéances fournisseurs : 6%
- Annulation de loyer par le bailleur : 2%

Parallèlement à ces dispositions, les entreprises ont également négocié un découvert plus conséquent (25%) ou encore une prise en charge des pertes
d’exploitation (11%).

Plus de 4 entreprises sur 5 (86%) déclarent être satisfaites de la relation avec leur(s) banque(s). Malgré un nombre très important de dossiers à traiter les banques sont majoritairement considérées comme réactives et proches de clients.

Par contre, une entreprise sur trois (36%) n’est pas satisfaite de sa relation avec son/ses assurance(s). Bien moins sollicités que les banques, les assureurs font bénéficier dans certains cas à leurs clients de gestes commerciaux comme la gratuité d'une ou deux mensualités.

Après avoir gérer les dispositifs sociaux et fiscaux, les entreprises se tournent maintenant vers l'avenir

Outre les fortes contraintes sanitaires et une trésorerie fragilisée, les chefs d'entreprise s'inquiètent des autres freins liés au grippage de l'économie : approvisionnement en matériels et en matières premières, baisse des investissements publics et privés, retard dans la prise de décision des clients dans un contexte d'incertitude global sur l'avenir.

Les thématiques sur lesquelles les entreprises souhaitent porter leurs efforts en priorité sont le marketing/commercial (42%), la performance globale (31%), les finances (23%), les RH (10%) et le numérique (9%).
- Industrie : marketing/commercial (47%), performance globale (33%), finance (22%)
- BTP : performance globale (46%), finance (33%), marketing/commercial (25%)
- Services : marketing/commercial (43%), performance globale (33%), finance (24%)
- Commerce de détail : marketing/commercial (43%), la finance (29%), le numérique (24%)
- CHR : marketing/commercial (53%), numérique (16%), RH (13%)

Paroles de chefs d’entreprise :

- Un restaurateur : « Par tous les moyens, je recherche de nouveaux débouchés pour générer du CA : orientation vers la vente à emporter, la vente en livraison et la sollicitation des plateformes et associations pour la distribution »

- Un commerce de détail : « Les charges vont être importantes et on ne va pas pouvoir remonter notre trésorerie »

- Une entreprise du BTP : « L'entreprise a pu fonctionner à 100 % durant la crise. Aujourd'hui, l'absence de demandes de devis durant 2 mois va se faire sentir et nous allons avoir du mal pour les mois de mai et juin. La reprise des commandes se fera en septembre… »

- Un restaurateur : « L'activité click and Collect permet tout juste de couvrir les frais. »

- Une entreprise de services : « Pour l'instant ça allait, mais maintenant le manque d'activité se traduit par un manque de trésorerie… »

- Une entreprise du BTP : « Il faudrait qu'il y ait des mesures à long terme pour les conséquences que nous allons ressentir dans 8-10 mois. »
- Un industriel : « Mutualiser les réseaux, trouver des solutions plus proches de chez nous quand on a des difficultés d'approvisionnement. »

- Un industriel : « J’ai repris depuis un mois, mes collaborateurs étaient inquiets, mais voulaient reprendre quand même. L’ambiance est assez particulière et compliquée à gérer »

- Un industriel : « 70% des clients n'acceptent plus le démarchage commercial jusqu'au mois de septembre, je vais devoir envisager un licenciement »

- Un industriel : « Il faut attendre que le secteur du bâtiment reprenne ses activités. L'entreprise produit essentiellement pour des entreprises du BTP, il
faut donc attendre que les entreprises du secteur reprennent »

- Une entreprise de BTP : « En dehors des mesures de sécurité qui sont parfois difficiles à respecter, la reprise se passe plutôt bien. En effet, pendant deux mois, les particuliers ont repoussé leur demande de dépannage. Il y a donc de nombreuses demandes. »

Au total depuis mi-mars, 22 000 chefs d’entreprise ont échangé avec les 150 conseillers et experts de la CCI. De ces échanges au plus près du terrain, émergent des informations précieuses sur l’état des entreprises, l’évolution de leurs difficultés et leurs demandes urgentes auprès de l’Etat.

Rappel du dispositif exceptionnel mis en place par la CCI :
- CARE, dispositif partenarial dédié à l’assistance aux entreprises.
- Une Cellule d’appui téléphonique (16 conseillers) doté d’un numéro unique - 04 72 40 58 58 - qui fonctionne 7 jours/7 de 9h à 17h
- La CCI continue d’assurer les formalités nationales (CFE) et internationales (CFI) et certificats de signature électronique (Chambersign) par e-mail, courrier ou présentiel (pour Chambersign uniquement, et sur RDV) sur les 3 délégations de
la CCI (Lyon, Saint-Etienne, Roanne) ;
- Un guide unique ‘Entreprises, on vous aide’ actualisé en temps réel qui recense toutes les mesures, dispositifs et aides.
- Tous les médias de la CCI mobilisés pour informer au mieux (site web, newsletters, réseaux sociaux, e-Mag Eco), actualisés en temps réel
- Des webinaires interactifs
- Une vaste opération ‘Assistance et soutien’ de contact direct par téléphone
- Une Bourse d’entraide pour mettre en relation, dans un délai très court, les besoins et les ressources des entreprises dans la phase de redémarrage.