« Le design rend les choses évidentes ! » selon Thierry Mandon

Publié le MERCREDI 11 MAI 2022

« Le design rend les choses évidentes ! » selon Thierry Mandon - CCI de Lyon

Jusqu’au 31 juillet 2022, la Biennale internationale design Saint-Étienne bat son plein sur le thème des Bifurcations. Sept expositions dévoilent les enjeux du design dans les domaines de la maison, de l’automobile, du corps ou des modes de consommation et de production. Qu’apporte le design aux entreprises ? Pourquoi est-il un axe de développement stratégique ? Les réponses de Thierry Mandon, directeur général de la Cité du design de Saint-Étienne avec laquelle la CCI a signé un partenariat en mai 2022 afin de renforcer l'utilisation du design dans les entreprises.

Entretien avec Thierry Mandon (photo ci-dessus ©P.Grasset), directeur général de la Cité du design de Saint-Étienne : 

Que diriez-vous pour motiver les entreprises, et notamment les TPE-PME, à vous rendre visite durant cette 12e Biennale internationale design Saint-Étienne ?

Thierry Mandon : À travers son thème – Bifurcations – et ses expositions, cette biennale est d’abord un inventaire des tendances. Elle invite à une réflexion sur la capacité du design à accompagner les grands changements de notre société, particulièrement depuis cette crise sanitaire qui nous a fait bifurquer en un temps record et a changé radicalement les cours de nos vies. Elle permet aussi de considérer la façon dont les acteurs économiques et les artistes font évoluer nos réalités.

Trois expositions m’apparaissent particulièrement intéressantes pour les entreprises. La première, At home, vise à réfléchir au sens de « se loger » - autrefois, aujourd’hui, dans un avenir post-Covid - et à la manière dont les architectes et designers y travaillent. Corps/accord avec l’objet industriel expose une sélection d’objets, de vêtements et d’accessoires récemment produits par 35 entreprises qui ont changé leurs manières d’innover, de concevoir ou de fabriquer des objets liés au corps, quand nous cherchons à l’hydrater, l’habiller, le bouger et le soigner. Pour créer ces objets, le designer fait face à de multiples contraintes et opportunités, techniques, esthétiques, physiologiques, écologiques, sociales et économiques. Nous nous intéressons aux différentes façons de les concilier, en montrant le rôle joué par les matériaux et les attentes des usagers. Enfin, Autofiction, exposition-documentaire en quatre parties, propose un temps d’arrêt sur l’objet automobile. Les questionnements sont les suivants : entre le véhicule économe et le véhicule autonome, entre la fin de la voiture personnelle et les multiples nouvelles formes de mobilité collective, que choisir ? comment arbitrer ? quels sont les impacts sociaux, politiques, techniques et environnementaux de ces choix ? Au-delà : faut-il réformer les systèmes de production, les infrastructures et in fine l’automobile ?

 

De quelle façon les entreprises sont-elles invitées à être actrices de cette biennale ?

Thierry Mandon : Les Labos permettent de tester un prototype auprès du public ou d’expérimenter un nouveau concept en interaction directe avec de potentiels usagers. Ce sont de véritables lieux de R&D pour générer de nouvelles idées, ainsi que des espaces d’échanges et de cocréation entre entreprises et usagers, à différents stades de conception (prototype, maquette, démonstrateur…) et dans une logique d'adaptation d’une offre à la demande des utilisateurs. Jusqu’au 30 juin, nous proposons aussi aux PME-PMI des ateliers gratuits d'une demi-journée, pour échanger et débattre autour de grandes thématiques : la ville, la mobilité, la santé, l’habitat, l’environnement.

 

L’industrie et les services français sont-ils des champions du design ?

Thierry Mandon : Par rapport à d’autres pays d’Europe, nos entreprises atteignent un taux d’utilisation du design de 11,5 %. En Italie, ce taux est trois fois plus important ! Les branches classiques du meuble, de l’automobile, des textiles… sont aujourd’hui parfaitement convaincues des bénéfices d’une approche de design. Mais il reste des secteurs entiers où la découverte de telles pratiques doit être améliorée. Fermob, belle entreprise locale de mobilier, peinait à faire face à la concurrence du mobilier en plastique. C’est en misant sur la formule gagnante, et non démentie depuis 27 ans - innovation + international + design – qu’elle s’est redressée. Toujours dans la région, la Chocolaterie Weiss, partenaire 2022 de la Biennale, a accompli un travail considérable pour repenser son offre, ses packagings, sa relation client. Avec des résultats visibles à l’international !

 

La Cité du design peut aussi accompagner les entreprises tout au long de l’année…

Thierry Mandon : Oui et notamment grâce à notre filiale de valorisation, Cité design services, véritable laboratoire des transformations économiques et sociales pour les entreprises et les administrations dans leurs démarches d’innovation. Une offre spécifiquement adaptée au plan de relance de l’industrie propose ainsi trois modules d’accompagnement : pour la transformation numérique des PME, pour la détection et la révélation des potentiels de la PME industrielle, et pour la compréhension des tendances des marchés des donneurs d’ordres. Avec la Région Auvergne-Rhône-Alpes, nous avons le projet d’ouvrir, d’ici à fin 2023, un Centre régional d’innovation par le design, toujours à Saint-Étienne et dans le cadre de Cité design services. Notre objectif est que n’importe quelle PME puisse y trouver la possibilité de résoudre une problématique en lien avec le design. Des prestations de prototypage, de test, de développement de produit, ainsi qu’une matériauthèque seront proposées. Et la Région accompagnera financièrement les entreprises !

 

 

À savoir

Dans le cadre de la biennale, la CCI organise GO Design, un programme de conférences, visites d’entreprises, témoignages et networking. Tout le programme ici