« La dénutrition des personnes âgées est un problème de santé publique » : Zacharie Thiery, jeune dirigeant de l’entreprise Ogust

Publié le MARDI 07 JUIN 2022

« La dénutrition des personnes âgées est un problème de santé publique » : Zacharie Thiery, jeune dirigeant de l’entreprise Ogust - CCI de Lyon

Il a tout juste 24 ans et dirige Ogust, un pur produit de la good économie centré sur la malnutrition des personnes âgées. Zacharie Thiery conduit une levée de fonds de 650 000 euros pour financer la commercialisation de ses produits et poursuivre la R&D. Il se considère comme un pionnier sur un marché qui devrait exploser dans les années à venir.

Vous n’avez pas 25 ans et vous dirigez déjà votre entreprise. Quelles sont vos motivations ?

Zacharie Thiery : J’ai créé Ogust en 2019 à l’issue de deux ans d’analyse sur le secteur de la nutrition, en parallèle de mes études à emlyon business school. Le nom de l’entreprise est un clin d’œil à Auguste Escoffier, père de la gastronomie moderne et inventeur de ce que l’on connaît aujourd’hui sous la forme du bouillon cube. Mon ambition est de lutter contre la dénutrition des personnes âgées, dont j’ai vu les effets sur ma grand-mère lorsqu’elle était en Ehpad. La mauvaise qualité gustative et nutritionnelle des aliments conduit souvent les seniors à moins se nourrir, alors qu’ils ont paradoxalement besoin de plus et mieux manger pour lutter contre la perte de masse musculaire, la fatigue ou les baisses de moral. Lors de mes visites de terrain, j’ai constaté qu’il n’existait aucune offre plaisir sur ce marché et très peu d’innovation. Ce fut le début de l’aventure !

 

Qu’est-ce qui caractérise Ogust aujourd’hui ?

Zacharie Thiery : Nous fournissons à nos clients – Ehpad, hôpitaux, cliniques – des sauces gastronomiques enrichies, qui apportent à la fois du goût, de la texture, de la couleur, des protéines et du calcium. Elles sont conçues pour s’ajouter aux préparations de manière simple et rapide. Notre enjeu étant d’améliorer l’efficacité nutritionnelle des repas, ainsi que le plaisir de manger et donc les quantités assimilées.

 

Vous avez travaillé avec Christian Têtedoie, l’un des grands chefs étoilés français ?

Zacharie Thiery : Il est notre parrain et notre caution culinaire. Nos sauces ont été développées sous sa supervision et il continue à nous aider dans nos recherches, notamment pour 2023 sur l’ajout de nouvelles références sucrées et salées. Évidemment, nous avons déposé un brevet pour protéger notre innovation.

 

Comment va évoluer votre marché dans les années à venir ?

Zacharie Thiery : La crise sanitaire a clairement rebattu les cartes dans les Ehpad, qui souhaitent remettre du plaisir dans la nutrition. Elle a fait exploser le taux de dénutrition, car les gens mangeaient seuls dans leur chambre ! La dénutrition est un problème de santé publique touchant deux millions de Français, dont une personne sur trois en maison de retraite. La prise de conscience, aujourd’hui, n’est pas feinte ! Et avec la croissance de la population, ce marché va exploser dans les années à venir, en France, mais aussi en Europe.

 

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

Zacharie Thiery : Nous ne serons pas des industriels, mais nous continuerons à nous développer en innovation tout en sous-traitant la production. Nous envisageons d’embaucher trois personnes en 2023 et d’approfondir notre gamme, aussi à destination des pays européens. Je ne cherche pas à opérer une culbute financière, mais à pérenniser une entreprise répondant à un vrai problème de santé publique. Nous irons sûrement vers le statut d’entreprise à mission, car cela correspond à notre philosophie entrepreneuriale.

 

Vous recherchez des fonds pour vous développer ?

Zacharie Thiery : Nous conduisons en effet une levée de fonds de 650 000 euros, dont 200 000 euros en ouverture du capital. Le reste en apports bancaires et love money.

 

Qu’est-ce que cela fait de créer une entreprise si jeune et sur un marché aussi exigeant ?

Zacharie Thiery : C’est une aventure folle et très compliquée. Je me suis lancée après une année de réflexion, mais aussi beaucoup de naïveté sur les délais de réalisation, de développement et de commercialisation. Le parcours a été semé d’embûches, mais j’ai eu la chance d’être merveilleusement accompagné par l’incubateur de start ups d’emlyon et mon professeur mentor, Michel Coster. Il m’a notamment aidé dans la posture entrepreneuriale et pour les démarches financières. Nous avons ainsi obtenu une subvention de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Start-up & Go, et une aide en R&D de Bpifrance. Créer une entreprise est un vrai sport, pour lequel il convient d’être entouré et de bénéficier d’un fort soutien familial.

 

Plus d’info sur

www.ogust-food.com